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De la saillie aux premiers jours : faire naître sa relève

Faire naître une portée, surtout lorsqu'il s'agit de chiens de chasse, ce n'est jamais anodin.

Faire naître une portée, surtout lorsqu'il s'agit de chiens de chasse, ce n'est jamais anodin.
Derrière quelques chiots qui dorment les uns contre les autres dans une caisse de mise bas, il y a près de deux mois de gestation, beaucoup de surveillance, quelques nuits courtes et surtout une mère à accompagner du mieux possible.
De mon côté, je ne prétends pas donner ici une méthode universelle. Ce sont simplement les habitudes que j'ai prises au fil des portées, les erreurs que j'ai pu faire et les quelques leçons que j'en ai tirées. J'ai également essayé de compléter mon expérience avec les recommandations vétérinaires actuelles.
Parce qu'avant de voir naître sa future relève, tout commence quelques semaines plus tôt.


Tout commence par la mère


Avant même de parler de saillie, il faut parler de la chienne.
Personnellement, je préfère faire reproduire une chienne jeune adulte, autour de deux ou trois ans, lorsqu'elle est arrivée à maturité, en bonne santé et que l'on connaît déjà suffisamment ses qualités.
Je préfère également attendre au minimum sa deuxième chaleur.
À l'inverse, j'évite désormais de faire reproduire une chienne trop âgée. C'est quelque chose que j'ai déjà fait et qui m'a permis de constater à quel point une gestation, une mise bas et surtout plusieurs semaines d'allaitement peuvent tirer sur une chienne.
Certaines donnent absolument tout à leurs petits. Et lorsqu'elles commencent déjà à prendre de l'âge, elles peuvent se dégrader très rapidement.
Avant une reproduction, un contrôle vétérinaire de la chienne est d'ailleurs une bonne précaution, notamment pour vérifier son état général et, selon la race et les lignées, réaliser les dépistages sanitaires ou génétiques pertinents.

Trouver le bon moment pour la saillie


On entend souvent parler du dixième, du onzième ou du douzième jour après le début des chaleurs.
Cela peut donner un ordre d'idée, mais il ne faut surtout pas en faire une règle.
Le cycle d'une chienne peut énormément varier d'un individu à l'autre. Le pro-œstrus dure en moyenne neuf jours, mais peut aller d'environ trois jours à trois semaines. Compter uniquement les jours depuis les premières pertes peut donc facilement nous induire en erreur.
Mais, dans la pratique, c'est surtout la chienne qui décide. Si elle accepte le mâle, c'est généralement qu'elle est prête. Si elle le refuse, mieux vaut ne pas la forcer : elle n'est probablement pas encore au bon moment.
Pour être beaucoup plus précis, il est possible de passer par son vétérinaire et de réaliser des dosages de progestérone.
Personnellement, lorsque c'est possible, j'aime couvrir cette période avec trois saillies : une avant le jour que j'estime optimal, une le jour même et une le lendemain.
Ce n'est pas forcément indispensable, mais c'est la méthode que j'utilise.
Une fois saillie, chez moi, la chasse est terminée
C'est probablement l'une des plus grosses leçons que j'ai tirées de mes expériences précédentes.
J'ai déjà continué à faire chasser une chienne quelques semaines après sa saillie.
Et, de mon expérience personnelle, les chiennes que j'ai fait chasser pendant cette période sont celles avec lesquelles j'ai rencontré le plus de problèmes par la suite.
Est-ce que cela signifie qu'une chienne gestante doit rester enfermée sans bouger pendant deux mois ? Non. Une activité raisonnable reste importante.
Mais chez moi, j'ai désormais une règle très simple : une fois la saillie faite, la saison de chasse de la chienne est terminée.
Je préfère perdre quelques semaines de chasse avec une bonne chienne plutôt que de prendre le moindre risque avec elle et sa future portée.


Pendant la gestation, ne pas économiser sur l'alimentation


Pendant les premières semaines, il n'est pas nécessaire de gaver la chienne.
En revanche, plus la gestation avance, plus ses besoins vont augmenter, avant de devenir particulièrement importants pendant la lactation.
Personnellement, je passe sur une alimentation très qualitative et adaptée à cette période, notamment avec des croquettes adaptées à la croissance/reproduction.
S'il y a bien un moment où je trouve absurde de vouloir économiser quelques euros sur un sac de croquettes, c'est celui-là.


C'est la mère qui est en train de porter votre future relève.


Elle doit avoir une alimentation complète, riche et de très bonne qualité.
Une chose que je pensais auparavant, et sur laquelle les recommandations vétérinaires m'ont fait changer d'avis, concerne le calcium. Ajouter systématiquement des produits laitiers ou des compléments de calcium pendant la gestation n'est pas recommandé si la chienne reçoit déjà une alimentation complète adaptée. Un excès de supplémentation peut même perturber la régulation du calcium et favoriser certains problèmes autour de la lactation, notamment l'éclampsie.


Environ 63 jours d'attente


On parle généralement d'une gestation d'environ 63 jours chez la chienne.
Mais là encore, il faut se méfier du calendrier.
La date de la saillie n'est pas forcément celle de la fécondation. Les spermatozoïdes peuvent rester viables plusieurs jours dans l'appareil reproducteur et la durée apparente entre la première saillie et la naissance peut donc être assez variable.
Lorsque l'ovulation est précisément suivie, la mise bas intervient généralement autour de 64 à 66 jours après le pic de LH ou la montée initiale de progestérone. Lorsqu'on compte simplement depuis la première saillie acceptée, la fenêtre peut être beaucoup plus large.
C'est aussi pour cela que le suivi de progestérone est intéressant : en plus d'aider à réussir la saillie, il permet de mieux estimer la date de mise bas.


Les dix derniers jours : préparer son coin


À l'approche de la naissance, j'aime isoler progressivement la chienne des autres chiens et lui préparer son espace de mise bas.
L'objectif est qu'elle puisse découvrir les lieux, dormir dedans et se les approprier avant que les chiots arrivent.
Une chienne doit pouvoir mettre bas dans un endroit qu'elle connaît, calme, à l'abri des passages incessants et du stress. Un environnement familier et tranquille favorise également le comportement maternel.
La caisse ou la niche de mise bas doit surtout être pensée pour la sécurité des chiots.
Pour moi, les barres anti-écrasement sont indispensables.
Un nouveau-né n'a pas la force ni la mobilité nécessaire pour se dégager correctement si sa mère vient se coucher contre une paroi. Ces quelques centimètres de sécurité peuvent faire toute la différence.


Une radio avant la naissance : savoir combien on attend


C'est quelque chose que je conseille vraiment.
Une échographie permet de confirmer une gestation assez tôt et surtout d'observer la vitalité des fœtus, mais elle n'est pas idéale pour compter précisément les chiots.
Pour connaître le nombre de petits attendus, la radiographie devient particulièrement intéressante en fin de gestation. Les squelettes commencent à être visibles à la radiographie autour de J42-J45, mais une radio après environ 55 jours est beaucoup plus fiable pour compter la portée.
Et le jour de la naissance, cette information devient extrêmement précieuse.
Si la radio annonce sept chiots et que six sont nés avant que tout s'arrête, on sait qu'il faut rester particulièrement vigilant.


Le thermomètre : mon meilleur indicateur


Sur les mises bas que j'ai pu suivre, il y a une chose qui s'est vérifiée à chaque fois : la chute de température.
Dans les derniers jours, je prends régulièrement la température de la chienne.
La température corporelle normale d'une chienne tourne généralement autour de 38 à 39 °C. Dans les heures qui précèdent la mise bas, elle chute fréquemment autour de 37 °C, avec une moyenne rapportée d'environ 37,1 °C.
Cette baisse apparaît chez la plupart des chiennes environ 8 à 24 heures avant la mise bas.
Sur les quatre mises bas que j'ai suivies personnellement, je l'ai observée à chaque fois.
Quand je vois cette température chuter franchement à l'approche du terme, je sais que la nuit risque d'être courte.


Et puis le premier arrive…


À partir de là, on surveille.
Sans paniquer, sans intervenir pour rien, mais sans quitter complètement la chienne des yeux non plus.
Toutes les mises bas ne se déroulent pas exactement de la même manière et une pause entre deux chiots n'est pas automatiquement anormale.
En revanche, certains signes doivent pousser à appeler rapidement son vétérinaire : des contractions fortes et prolongées sans naissance, un chiot visible mais qui reste bloqué, un écoulement inquiétant, une chienne qui s'épuise ou une longue interruption alors que l'on sait, grâce à la radio, qu'il reste encore des petits.
Dans le doute, je préfère toujours passer un coup de téléphone au vétérinaire plutôt que d'attendre une heure de trop.
Et surtout, je ne conseille pas d'utiliser de son propre chef des produits destinés à stimuler les contractions. Une mise bas qui bloque peut avoir une cause mécanique et vouloir accélérer les choses sans savoir pourquoi elles se sont arrêtées peut être dangereux.


Les premières heures : regarder avant de vouloir toucher


Une fois les petits arrivés, mon principe est assez simple : du calme.
Je limite énormément les manipulations inutiles pendant les premières heures.
La mère vient de mettre bas. Elle découvre ou retrouve son rôle maternel. Les chiots sont extrêmement fragiles. Ce n'est pas le moment d'avoir dix personnes autour de la caisse pour les prendre chacun leur tour dans les mains.
En revanche, il faut observer. Est-ce que tous les chiots respirent correctement ? Est-ce qu'ils sont chauds ? Est-ce qu'ils cherchent les mamelles ? Est-ce qu'ils tètent réellement ?
Les premières tétées sont particulièrement importantes puisqu'elles permettent aux chiots de recevoir le colostrum, le premier lait de la mère, riche notamment en anticorps.
S'il faut remettre un petit à une mamelle, le peser ou vérifier son état, évidemment qu'on intervient.
Mais toujours avec des mains parfaitement propres, encore plus lorsqu'on vient de manipuler d'autres chiens.


La chaleur : indispensable, mais pas n'importe comment


Un chiot qui vient de naître ne régule pas encore correctement sa température corporelle.
Le froid peut donc devenir extrêmement dangereux très rapidement.
Pendant les quatre premiers jours, la température de la zone où se trouvent les chiots peut être maintenue autour de 29 à 32 °C. Elle peut ensuite être diminuée progressivement pour atteindre environ 27 °C vers J7-J10.
Une lampe chauffante peut être très utile lorsqu'il fait froid.
Mais il faut également comprendre qu'on peut faire exactement l'erreur inverse.
Un nouveau-né n'a pas forcément la capacité de s'éloigner suffisamment vite d'une source de chaleur trop importante. Une lampe mal positionnée peut donc surchauffer la caisse. L'idéal est d'avoir un thermomètre et une installation permettant aux chiots de disposer d'une zone chaude sans transformer toute la caisse en four.
Et l'été, le problème s'inverse complètement.
Une portée née pendant une période de canicule peut se retrouver en difficulté très rapidement dans une niche surchauffée.
Dans ce cas, il faut absolument apporter de la fraîcheur : déplacer la portée dans une pièce plus fraîche si nécessaire ou utiliser une climatisation permettant de faire baisser la température ambiante, sans envoyer directement un courant d'air froid sur les chiots.
Le froid est dangereux. La chaleur excessive l'est tout autant.


Au sol, je fais simple


Pour le fond de ma caisse de mise bas, je n'utilise rien de particulièrement sophistiqué.
Je prends un tapis d'entrée vendu au mètre dans les magasins de bricolage, que je découpe exactement à la forme du plancher en bois de ma niche et que je viens agrafer directement dessus.
C'est simple, ça tient en place et ça offre une bonne accroche aux petits.
Évidemment, je surveille quotidiennement son état et je nettoie dès que nécessaire. Mais la mère fait également énormément de travail : pendant les premiers jours, elle nettoie constamment ses petits et maintient naturellement son environnement beaucoup plus propre qu'on pourrait l'imaginer.
L'objectif reste toujours le même : un endroit propre, sec, sans courant d'air et suffisamment adhérent pour les chiots.

Et surtout : prendre soin de la mère


Dans les premières heures, et parfois les premiers jours, certaines chiennes ne veulent quasiment plus quitter leurs petits.
Elles sont complètement focalisées sur leur portée.
Je mets donc l'eau et la nourriture directement à proximité immédiate de la caisse.
Il ne faut surtout pas qu'une chienne qui vient de mettre bas passe des heures sans boire simplement parce qu'elle refuse de quitter ses petits.
Elle vient de fournir un énorme effort et elle commence maintenant la période la plus exigeante : la lactation.
Il lui faut de l'eau à volonté, une alimentation très riche et de qualité et beaucoup de tranquillité.
Au bout de quelques jours, généralement, elle commence à se détendre. Elle accepte de sortir un peu plus longtemps, de manger normalement et de laisser ses petits quelques minutes.
Et nous aussi, on commence enfin à souffler.


La première semaine : observer, encore et encore


Finalement, pendant cette première semaine, je trouve que notre rôle consiste surtout à observer. Regarder si les petits tètent. Les peser. Vérifier qu'ils restent chauds.Regarder si l'un d'entre eux s'isole constamment.
Écouter aussi : une portée repue et correctement au chaud passe énormément de temps à dormir. Des chiots constamment agités ou qui pleurent doivent attirer l'attention.
Observer également la mère : son appétit, son comportement, ses mamelles, ses pertes, son état général.
Et intervenir lorsqu'il le faut, pas simplement parce qu'on a envie de prendre les chiots dans les mains.


Faire naître sa relève


Quand on chasse avec des chiens, une portée a forcément une saveur particulière.
Pendant presque deux mois, on surveille une chienne que l'on connaît parfois depuis des années. Puis arrive cette nuit où l'on reste assis à côté d'elle, à attendre le prochain petit, à compter, à regarder si tout le monde respire et à essayer de ne rien laisser au hasard.
Et quelques jours plus tard, tout ce petit monde dort les uns contre les autres comme si rien ne s'était passé.
On ne sait évidemment pas encore lequel aura le meilleur nez. Lequel donnera de la voix le premier. Lequel aura le caractère de sa mère ou les qualités de son père. On ne sait même pas encore lesquels feront réellement de bons chiens de chasse.
Mais quelque part, la relève est là.
Et avant de penser à leurs premières sorties, à leur première voie ou à leur première saison, notre responsabilité est beaucoup plus simple : leur donner, ainsi qu'à leur mère, toutes les chances de bien commencer.

Cet article partage avant tout un retour d'expérience d'éleveur et de chasseur. Une gestation ou une mise bas pouvant évoluer rapidement, l'avis et le suivi d'un vétérinaire restent indispensables dès qu'une situation paraît anormale.

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