
Je me souviens encore de cette sensation comme si c’était hier. Cette semaine qui précédait le 15 août, cette impatience qui montait de jour en jour, au point parfois de ne plus vraiment réussir à dormir. L’ouverture approchait. Une nouvelle saison allait commencer.
Pourtant, soyons francs : le 15 août n’est pas forcément synonyme de grandes chasses.
Il fait souvent chaud, parfois même beaucoup trop chaud. Les campagnes sont encore en pleine activité agricole, les chiens manquent forcément d’entraînement après plusieurs mois d’inter-saison et il faut savoir arrêter tôt, surveiller la température et ne jamais demander plus aux chiens que ce qu’ils sont capables de donner.
Mais au fond, ce n’est pas vraiment pour la qualité de la chasse que l’on attend cette date avec autant d’impatience.
Le 15 août, c’est un symbole.
C’est le premier jour d’une nouvelle saison. Celui qui nous rappelle que, désormais, les week-ends vont retrouver ce rythme que l’on connaît si bien. Jusqu’à la fin du mois de mars, il y aura les réveils avant le jour, les chiens que l’on charge, les copains que l’on retrouve, les cafés du matin, les traces que l’on cherche et toutes ces journées dont on ne sait jamais vraiment à l’avance ce qu’elles nous réserveront.
À l’approche du 15 août, on redevient finalement un peu comme des gosses avant Noël.
Je repense souvent à mes premières années. Je n’avais même pas encore le permis de chasser et j’accompagnais Lucien, qui était à l’époque mon mentor et celui qui m’a fait découvrir une grande partie de tout ça.
Une veille de 15 août me revient particulièrement.
J’étais sorti en boîte de nuit. Une de mes premières fois, d’ailleurs. À l’époque, il ne me fallait pas grand-chose : j’avais dû boire un Get 27 et la moitié d’une vodka coupée à l’eau. Mais j’étais rentré à quatre heures du matin, fier comme tout.
Évidemment, pas question d’aller dormir.
L’ouverture était dans quelques heures.
Alors j’avais attendu que le jour se lève. J’avais bu un ou deux cafés alors qu’à l’époque je n’en buvais jamais, persuadé que ça allait me tenir éveillé — et probablement encore augmenter un peu plus mon excitation. Puis j’étais arrivé à la chasse comme un fou, avec l’impression que quelque chose d’immense allait commencer.
Et puis… souvent, il ne se passait pas grand-chose.
On ne trouvait pas forcément de pieds. Les chiens n’étaient pas aussi créancés qu’aujourd’hui et ça pouvait rapidement partir dans tous les sens. La chaleur arrivait vite, les chiens comme les hommes accusaient le coup et, bien souvent, on arrêtait de bonne heure.
Objectivement, ce n’étaient pas toujours de très belles journées de chasse.
Mais c’était Noël quand même.
Parce que ce qui comptait n’était finalement pas ce que nous allions prendre, ni même ce que nous allions lancer. Ce qui comptait, c’était que nous y étions de nouveau.
Une saison recommençait.
Les années ont passé. Les chiens ont changé. L’expérience aussi a fait son chemin. On apprend à mieux connaître ses chiens, à mieux lire le territoire, à davantage respecter leurs limites et peut-être aussi à relativiser l’importance d’une journée réussie ou ratée.
Mais certaines choses, elles, ne changent pas.
Aujourd’hui, je vais sur mes 33 ans. Nous sommes à deux jours du 15 août et, quelque part, je retrouve exactement le même sentiment que lorsque j’attendais le lever du jour après cette fameuse sortie en boîte.
L’excitation est toujours là.
Et finalement, après toutes ces années, c’est peut-être ça le plus beau.
Continuer à attendre une ouverture avec la même impatience. Continuer à préparer les affaires la veille, à regarder les chiens en imaginant déjà la matinée du lendemain. Continuer à se demander ce que cette nouvelle saison nous réserve.
Parce qu’une saison de chasse, ce ne sont pas seulement des journées passées derrière les chiens.
Ce sont des mois de souvenirs qui restent encore à écrire.
Et chaque année, tout recommence le 15 août.


